Emmanuelle Villard

« Diplômée en 1994, de l’École pilote internationale d’Art et de Recherche, Emmanuelle Villard se tourne dès ses débuts vers la peinture abstraite où elle trouve des motivations aussi bien sur un plan formel que théorique. La Villa Arson lui consacre une grande exposition personnelle dans laquelle se déploient, face à face, deux nouvelles séries de tableaux, construits selon des principes antithétiques.

Aujourd’hui, alors que l’art multiplie les insertions dans le réel, la peinture abstraite paraît coupée du monde. L’abstraction conceptuelle, par exemple, considère les différents éléments de la peinture comme autant de constituants d’un même langage, dont l’étude et l’analyse débouchent sur la création d’un système de production qui éloigne toute subjectivité pour ne plus s’intéresser qu’aux problèmes picturaux. Le problème est qu’une telle démarche conduit à une attitude autocentrée : la peinture trouve uniquement ses référents et ses motivations dans sa propre analyse. Le détachement qui se produit alors avec le sujet induit une lecture formaliste de l’art qui est inhibante.
Sans renier l’héritage américain, de l’expressionnisme abstrait à nos jours, j’ai cherché à échapper au formalisme en confrontant ce que j’appelle les constantes nobles de la peinture (grilles, planéité, champs colorés, etc.) avec une esthétique plus pauvre, plus quotidienne, puisée aux limites du champ artistique dans des domaines d’expression tels que le tag, le graffiti, le pochoir ou dans des éléments de décoration comme le papier peint, la nappe, les motifs de tapisserie et ainsi de suite.
Ces intrusions d’éléments décontextualisés (dont l’appréciation esthétique demande parfois un effort d’imagination) agissent comme autant d’allusions à une autre chose. Une autre chose qui invite à la réflexion et à la réminiscence et qui par là même permet au tableau de ne plus être confiné dans son propre nominalisme.
Dans l’atelier, l’acte pictural devient maladif. Il y a d’abord une écriture désorganisée, déstructurée (la marque d’un malaise ponctuel). Par-dessus vient une couleur, un monochrome, l’essence même de la négation, un peu comme si je me retrouvais devant une peinture qui ne s’assume pas. C’est là une attitude humaine qui consiste à occulter des éléments gênants en espérant qu’ils se fassent oublier. Intervient alors le vernis. Le vernis vient en général sur une peinture pour marquer le mot FIN. Geste historisé de la pratique picturale, passé uniformément, son rôle est de se faire oublier pour mieux révéler ce qu’il recouvre. Ici, il n’y a qu’un monochrome sali à recouvrir. Le vernis intervient comme un motif, une empreinte de pinceau, qui vient révéler partiellement ce qui est pris dans la couleur.
Ce jeu d’écritures, de transparences, de négations, de révélations est l’essence même de mon travail. Il tente d’accorder une nouvelle conscience à des actes picturaux, rabâchés par l’histoire de la peinture (le recouvrement, la trace, l’empreinte), en établissant des parallèles avec des attitudes humaines comme la négation et la réminiscence.  »
(communiqué de presse de l’exposition)