La Perspective du diable

Figuration de l'espace et philosophie de la Renaissance à Rosemary's Baby

Que peut-on demander à l’art ? Décorer nos appartements, comme Picasso s’indignait qu’on veuille le faire avec ses peintures ? Nous permettre de nous évader ? Retrouver une perception native des choses ? Éprouver un plaisir désintéressé? Peut-être… Mais il peut aussi servir, tout simplement, à nous faire penser. L’histoire de la perspective a montré qu’une invention réalisée par des artistes et des architectes dans les confins de leurs ateliers a bientôt révolutionné jusqu’aux mathématiques, envahi les sciences et permis aux philosophes de reconsidérer ce que veut dire penser et vivre dans un monde. Le travail sur les apparences ne semble pas donc pas si indifférent à l’effort pour penser la réalité telle qu’elle est en vérité. Mais alors une question toute naturelle se pose: les nouvelles techniques figuratives dont nous disposons, le cinéma, les images digitales et les mondes virtuels, ne nous confrontent-elles pas à leur tour à une transformation du même genre ?

Le livre propose d’expérimenter cette question philosophique à partir d’une installation réalisée par un duo d’architectes, DN (Laetitia Delafontaine et Grégory Niel), en 2006, à Montpellier, où ils reconstituaient en trois dimensions l’appartement de Rosemary, tel qu’il apparaît dans le film de Roman Polanski, Rosemary’s Baby, alors même que cet appartement a été filmé de telle sorte qu’il se présente comme un espace incohérent, littéralement inconstructible et pour tout dire diabolique. Traitant cette œuvre comme l’occasion d’une expérience conceptuelle sur les nouveaux liens entre réalité et représentation, vérité et figuration, le livre tente d’en suivre les conséquences et les enjeux pour la philosophie.

Puisant autant dans l’histoire de l’art, la philosophie de la perspective, la théorie du cinéma et de l’architecture, que dans la métaphysique contemporaine (de Deleuze, de Badiou ou de Latour), ce livre propose une expérience de pensée unique, et entend montrer au passage qu’on peut traiter en philosophie les œuvres d’art non pas seulement comme des objets à contempler, mais comme des outils pour penser.