Les Rumeurs du monde

Repenser la confiance à l'âge de l'Internet

Joana Hadjithomas & Khalil Joreige

Les cinéastes et plasticiens libanais Joana Hadjithomas et Khalil Joreige poursuivent leurs recherches sur les modes de narration, l’écriture de l’histoire et les productions d’imaginaires en interrogeant ici emails indésirables, spams, scams et escroqueries sur internet en tous genres.

Cette monographie présente l’ensemble des matériaux collectés par les artistes depuis 1999 dans le cadre de leurs recherches sur l’élaboration et l’articulation des récits personnels à l’ère numérique. Ce travail est au point de départ d’une réflexion plus large sur la nature de l’autorité et de la croyance à l’heure d’internet. Entre les lignes, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige questionnent notre foi envers l’autre : Comment internet l’a-t-il remodelé les relations de confiance ? Et comment juger les interactions entre individus sur le web à l’aune de nos schémas traditionnels de croyance ?
Publié suite à l’exposition de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige « Je dois tout d’abord m’excuser… » à la Villa Arson, Nice, en 2014.

Depuis le milieu des années 1990, Joana Hadjithomas & Khalil Joreige (nés en 1969, vivent et travaillent à Beyrouth et Paris) élaborent une œuvre riche et multiforme qui embrasse les champs de la photographie, des arts plastiques, du cinéma de fiction et du documentaire. En 2008, ils ont présenté au Festival de Cannes Je veux voir, un long‐métrage de fiction avec Catherine Deneuve et Rabih Mroué ; en mai 2013, ils ont sorti le film documentaire The Lebanese Rocket Society : l’étrange histoire de l’aventure spatiale libanaise.

Leur approche multiple de la création donne naissance à une esthétique singulière où les questions du visible et du caché, des relations entre la fiction et la réalité tiennent une place primordiale. Le processus d’enquête et de mise au jour, les représentation de données historiques, culturelles et politiques sont au cœur de leur démarche. Ils expliquent : « Tout notre travail se fonde à la frontière d’un réel où se pose continuellement la question du territoire, de sa délimitation (celui de l’art, celui de la vie personnelle), la question du corps social et du corps individuel dans une société communautaire, dans un temps où il est de plus en plus difficile de se poser en individu vecteur de la pensée et de la possible opposition, de dire “je”, de dire “je suis cet être‐là avec ses contradictions ; je suis là et, plus encore qu’un individu, je suis un sujet politique singulier”. »