Ne pas jouer avec des choses mortes

Quels que soient ses définitions, ses courants ou ses acteurs, l’histoire de la performance s’est construite entre ses premiers actes futuristes ou dadaïstes, jusqu’à la fin des années 1970, sur des principes quasi invariables liés au furtif et au fugitif, à l’éphémère, à l’action, au geste, à la parole, au public, mais surtout au corps qui en est l’essence et la base même. Tous ces paramètres apparaissent comme les garants d’un médium qui refuse par définition les formes esthétiques traditionnelles. De ce fait, la performance est en principe l’art de l’immatérialité.

Pourtant, on constate depuis presque trois décennies que si la performance continue d’exister de manière « primitive », ses principes fondamentaux se dissolvent peu à peu dans les formes normatives de la création. De plus en plus de performeurs construisent en effet de véritables installations ou des objets qui, au-delà de l’acte de la performance, apparaissent comme des entités autonomes, aussi bien sur un plan formel qu’ontologique. Par ailleurs, on constate que de nombreux photographes, sculpteurs, vidéastes, voire même peintres, créent des œuvres qui peuvent être perçues comme des objets performatifs sans forcément être utilisés comme tels.

L’exposition Ne pas jouer avec des choses mortes a eu pour but d’analyser le statut et la pertinence de tous ces « objets ». Peuvent-ils continuer d’exister au-delà de leur valeur d’usage ? Peuvent-ils nous restituer l’« âme » de la performance, son énergie ? Ne sont-ils que des reliques / fantômes vides de sens ou de vie ? Des traces banalisées de rites contemporains ? Des produits purement destinés au marché de l’art ? Ou de nouvelles formes qui, par leur « syncrétisme », échappent aux logiques circonscrites de l’art comme on a pu le constater sur la côte ouest des Etats-Unis avec des artistes comme Paul McCarthy ou Mike Kelley ?