No Man’s Time

Indices

1. Cinéma
« Alice » (Woody Allen) : Mia Farrow devient invisible et sort de son corps.
« Merci la vie » (Bertrand Blier) : Anouk Grinsberg lévite.
« Flat liners » : des étudiants en médecine se font mourir artificiellement et de façon temporaire pour visiter l’après mort.
« Sailor et Lula » (David Lynch) : une fée apparaît très naturellement… mais allumer une cigarette fait un bruit monstrueux.
« Edward aux mains d’argent » (Tim Burton) : le premier conte des années 90 n’est pas singulier du fait d’aucune originalité particulière, mais précisément parce qu’en procédant à une hybridation du conte de fée et du conte fantastique, il en réactive les modèles.

2. Guerre
L’action se déroule la nuit, les images sont floues, les leurres sont nets.

3. Musique
Les modes s’accélèrent, les rythmes sont des croisements de diverses sources musicales. Il s’agit moins d’inventer que de réorganiser, de mettre les choses dans un ordre, ou plutôt un désordre différent.
La culture rock est au moins aussi importante pour une certaine génération que l’histoire de l’art. Attention : culture rock ne signifie pas, comme on le croit parfois en France, graffiti ou sociologie des banlieues, mais bien répertoire de signes culturels, ensemble de codes précis et signifiants, en évolution constante, dont la production comme la déclinaison solidarise un ensemble de personnes. Un langage au moins aussi solide et complexe que celui des arts plastiques.

4. New age
Le rebirth : recommencer sa naissance. Faire machine arrière, redevenir un enfant pour être un autre adulte. Se connaître.

5. Bret Easton Ellis
Le jugement moral disparaît au profit du constat explicite. Les donneurs de leçons et de conseils produisent de la fatigue. « American Psycho » de Bret Easton Ellis fait les frais de grilles de lecture trop anciennes pour être projetées sur des modèles nouveaux. Ou plus exactement sur un nouveau mode de négociation avec la fiction de la réalité.
Décrire un personnage par la liste des griffes de ses vêtements, le nom de ses cosmétiques, faire son portrait au travers des restaurants où il va, de ce qu’il mange. Chaque détail, chaque geste fait sens. Une génération ne signifie pas avec les mêmes signes que la génération qui la précède. Un langage de l’accumulation de détails (Mies van der Rohe : « Dieu est dans les détails »).

6. Drogues
Expéditives. Tango & Cash accroche en trois jours, tue en une semaine. L’expérience s’accélère, se court-circuite.

7. Amour
Mais, quand m’aimeras-tu quand même ?

8. Vision
À Budapest, on peut voir Dieu dans les yeux du Christ d’un tableau du Greco.

9. Labyrinthes (Mazes)
« L’Office du tourisme britannique a déclaré l’année 1991 « année du labyrinthe » (…) La mythologie revient sur les chapeaux de roues (…) Les mazes sont souvent payants et l’occasion d’une après-midi en famille (…) La technique du kamikaze, « j’essaye toutes les
allées au hasard », principalement adoptée par les enfants ou les imbéciles, ne fait plus l’affaire (…) Au pays des bouddhistes stressés, le maze est affaire de compétition. »
Laurence Relin, in Glamour magazine.

10. Prévisible
Godard dirait : pré/visible. C’est-à-dire qu’avant même de voir, je sais déjà ce qui va se passer (ex : « les expositions prévisibles »).
Contre-exemple : se rendre à un enterrement et assister à un mariage, se voir servir de la viande crue dans un restaurant végétarien, ne pas être mouillé dans l’eau. Une expérience du réel en opposition avec la réalité.

11. Twin Peaks
Vent de folie aux États-Unis il y a un an et demi, en Grande-Bretagne il y a un an. Déjà terminé. Déprogrammé, reprogrammé à une heure de faible écoute. En France, la série commence à peine, avec deux ans de retard, et pour quelques Happy Few (les autres ne font pas la différence avec une série télévisée). Faculté de distinction. C’est aussi une question de dosage. Nous savons qui est l’assassin, informés par nos amis anglo-saxons. Twin Peaks est une série télévision classique dont seulement quelques paramètres ont été changés. C’est aussi l’exemple unique d’un projet qui engage cette génération sans prétendre pompeusement être « le ceci d’une génération », « le cela d’une génération » (cf. : le film « Un monde sans pitié » d’Éric Rochan), mais décline tout simplement les structures et les systèmes de codification de la génération de la plupart de ses acteurs, qui ont entre 20 et 30 ans.

13. No man’s Time
Sauter le numéro douze pour vérifier le mythe du numéro treize. Deux fois seize chambres sans compter la 17. La dernière est aussi la première. La vraie vie est en boucle.
(texte du communiqué de presse de l’exposition)