Pascal Convert

« Pascal Convert a souligné, à plusieurs reprises, l’importance de la découverte et de l’exploration en compagnie de Didier Malgor, en 1983, de trois villas, abandonnées et en ruine, de la Côte des Basques à Biarritz. Ce moment fondateur du travail, au même titre que la prise de conscience d’un espace de vie (son appartement de Bordeaux) et que l’autobiographie distanciée à travers des indices, implique autant une production qu’une démarche déclinant et accompagnant les relations privé/public.
Des photographies prises alors dans ces lieux sont la source des immenses dessins muraux restituant au moyen de techniques contemporaines de reproduction architecturale, les espaces intérieurs maintenant détruits. Dans la Galerie Carrée de la Villa Arson, quatre dessins sur mur rouge invitent le spectateur à rentrer dans ces espaces mouvants aux plans incertains : si l’œil cherche à définir un lieu, bientôt il se perd et devient le jouet d’une transformation de nos codes traditionnels de la construction perspective, comme si nous étions passés aujourd’hui dans un monde où se confrontent mémoire humaine et restitution technologique du souvenir.
Si ces villas sont aussi, à travers les emprunts d’objets et d’éléments décoratifs, le point de départ d’œuvres aux matières souvent précieuses faisant appel à des techniques artisanales ou industrielles complexes, l’ensemble des dessins qui constituent le point d’ancrage de cette exposition est inédit bien que le projet remonte à plusieurs années. À côté de ces dessins d’architecture, des rampes d’escalier dessinées sur le mur soulignent l’importance que revêt aux yeux de Pascal Convert l’ornement dans l’élaboration d’une pensée plastique qui, à travers « un fantôme d’objet » joue du rapport matérialité/virtualité.
Les objets présents dans l’exposition n’appartiennent pas à l’univers intime de l’artiste. Les cloches en cire : « sorte de réminiscence culturelle » (Andreï Roublev de Tarkovski) furent pour trois d’entre elles présentées à Moscou dans un contexte culturel décalé même si leur forme est universelle. L’artiste a demandé à Hélène Ilkar d’écrire un texte qui poursuit la problématique de l’auteur (relation entre l’homme et la nature, travail de condensation sémantique des paroles prononcées, poétisation de sensations fugitives). Les souches d’arbres, trempées dans l’encre de Chine, parfois monumentales appartiennent à une mémoire collective : déterrées d’un champ de bataille, pétrifiées depuis par le temps, elles portent traces de la catastrophe. Fossiles, vestiges qui demeurent, elles ne sont pas des reliques et font écho à la vitrification comme métamorphose symbolique que Pascal Convert utilisa dans différents états de l’appartement.
Une vidéo complète cette exposition : des images EVN, reportages non montés qui arrivent tels quels sur les chaînes de télévision à la manière des dépêches de l’AFP encore non traitées par les journalistes. Ces images sont assemblées selon le rythme de l’ouverture de la 5e symphonie de Gustav Malher.
L’exposition met ensemble des lignes et des volumes, le blanc, le noir et le rouge, la difficulté à voir ou à lire et l’évidence des formes, les recherches esthétiques d’un parcours individuel et les échos assourdis d’une fin de siècle bouleversée. Elle met ensemble les constituantes originelles d’un travail : sculpture, vidéo et littérature. »
(communiqué de presse de l’exposition de Michel Bourel)