Pinocchio

Paul McCarthy

Consacrée à l’introduction de la figure de Pinocchio dans la production artistique de Paul McCarthy, cette publication succède à la présentation rétrospective de son œuvre à la Villa Arson l’été 2001, rétrospective produite par le New Museum of Contemporary Art à New York et le Museum of Contemporary Art à Los Angeles. Une monographie complète en anglais a été publiée par les éditions Hatje Cantz; deux textes en ont été extraits et traduits en français : Amelia Jones, « Paul McCarthy’s Inside Out Body and the Desublimation of Masculinity » et Anthony Vidler, « Panoptic Drives/Mental Spaces : Notes on Paul McCarthy’s’Dimensions of the Mind ».

Assumant pleinement son rôle de centre d’art contemporain, la Villa Arson s’est écartée d’une mise en perspective d’ordre muséal. Bénéficiant d’une architecture dynamique, le centre d’art a créé en concertation avec l’artiste un flux discursif entre son œuvre et l’espace d’exposition.
Dans les dédales et les passages nombreux du bâtiment, émergeaient, comme en filigrane, des questionnements singuliers, sur l’importance de la peinture, le renouvellement de la perception, la conception de l’espace qui fabrique regard et positionnement du visiteur face aux performances filmées ou photographiées de l’artiste et d’acteurs aux attitudes transgressives des plus décoiffantes.
L’architectonie, rythmée par des volumes plus ou moins larges et hauts, baignés d’une lumière zénithale, dialoguait avec chacune des œuvres.

Ayant ainsi créé un lien stimulant entre l’artiste et le lieu, la Villa Arson a cherché à travers cette publication à prolonger la vitalité de cet échange. Bien qu’une monographie en français n’eût pas été vaine, en regard de l’impact de cette œuvre et de la rareté des textes et catalogues en français, le centre d’art a préféré restituer l’œuvre de Paul McCarthy dans le contexte de la Villa Arson et de Nice où elle a déjà une histoire. Paul McCarthy a produit en 1994, pour son exposition à la galerie Air de Paris (domiciliée à l’époque dans le vieux Nice), Pinocchio Pipenose Householddilemma au sein des ateliers de l’École de la Villa Arson, assisté par un groupe d’étudiants. Créé par Collodi, pseudonyme de l’écrivain Carlo Lorenzini et nom du village natal de sa mère situé à une centaine de kilomètres de Nice, Pinocchio est pour l’artiste une des rares sources d’inspiration d’origine européenne.

Ce livre réunit un ensemble de dessins préparatoires. Certains montrent la genèse de Pinocchio, de la conception de son corps à celle de ses vêtements. Quelques-uns sont issus du story-board ayant orchestré la vidéo. Des photographies rendent compte du montage et de la construction de l’espace ainsi que du filmage des performances, certaines sont extraites de la bande vidéo. D’autres images, en noir et blanc, retracent quelques expériences complémentaires mettant en scène la marionnette et sa Twingo dans une station-service située en aval de la Villa Arson. Au fil des pages, il apparaît que le caractère expérimental du travail s’élabore au fil du dessin. Une même figure, celle de Pinocchio, prolifère et génère plusieurs œuvres; ainsi, trois versions de Pinocchio Pipenose Househoiddilemma invitent le spectateur à participer en enfilant un costume de Pinocchio. Dans l’une, le visiteur regarde en solitaire la vidéo à travers les trous du masque, dans l’autre il peut être en couple et dans la dernière, il se retrouve confronté à autant de semblables qu’il y a de visiteurs. Œuvre polymorphe et exponentielle, à l’instar du dessin, elle s’amplifie et, à la fois, compresse en elle sa durée et la lecture historique de son parcours. À Hanovre, Pinocchio s’est gonflé de cet air; surdimensionné, il prend l’apparence de sa régression, gourmandise chocolatée qui toise de bien haut la cité. Cette figure d’allure bon enfant n’en a pas terminé avec ses turbulences. Elle pourrait bien (si l’on n’y prend garde), multipliée par cent, se retrouver un jour à Paris, défilant sous l’Arc de Triomphe…