Tableaux abstraits

catalogue d'exposition

« Cette exposition fait suite à l’’exposition Abstraits, organisée par le Consortium, Dijon du 25 avril au 5 juin 1986, ainsi qu’’à divers regroupements partiels effectués depuis deux ou trois ans à Genève, Zurich, Vienne, Munich ou New York.
Elle se présente comme un essai, une première confrontation internationale.
Elle rassemble :
– des artistes abstraits dont certains travaillent depuis de nombreuses années dans cette voie ;
– des artistes qui ne sont pas spécialement abstraits, mais dont certaines œœuvres relèvent de l’abstraction, soit qu’’elles y portent un regard ironique, soit qu’’elles l’’interrogent de façon plus conceptuelle ;
– des artistes plus jeunes, parmi lesquels on percevra parfois des états d’’esprit différents, liés à certaines situations géographiques nationales.
Les pays d’’origine des artistes sont : Allemagne, Australie, Autriche, France, Hollande, Suisse et États-Unis.
On ne cherchera pas dans ces tableaux abstraits la seule nouveauté formelle. L’’abstraction historique est au contraire présente et la répétition n’’est pas esquivée. Derrière des surfaces froides, derrière des objets clos sur eux-mêmes, c’’est au contraire un état d’’esprit qui est en jeu : celui d’’une génération qui ne peut vivre qu’’au second degré les signes du modernisme.

Tableaux abstraits : ce pourrait être le titre donné à quelque vente par un commissaire priseur. Comme si, au temps de la création, avait succédé celui de l’’encan et de la collection. Objet d’’histoire, l’’abstraction appartient désormais à l’’imaginaire du modernisme.
Elle en a produit les figures emblématiques : la surface géométrique uniformément peinte (carré, cercle, croix…), la grammaire où se conjuguent le point, la ligne et le plan, l’’image du coup de brosse, l’’animation optique… toutes figures coexstensives au champ de la toile. Les plus réussies de ces icônes sont simples, directes, efficaces. L’’abstraction a su générer des modèles.
Le minimalisme est partie de ce vocabulaire abstrait, réduit, pour déplacer l’’accent du regard sur le tableau, vers le sentiment plus immédiat de la présence de l’œ’œuvre. Le post-minimalisme a poursuivi ce décentrage, en mettant en jeu les divers paramètres du processus pictural, du format, du matériau, du support, de la présentation…
Les artistes (ou les œœuvres) présentés dans cette exposition semblent vouloir tenir un autre propos recentré sur le tableau.
Certains se réapproprient les modèles de l’’abstraction dans un « faire comme » qui tient souvent de l’’ironie ou du simulacre. D’’autres sont des peintres abstraits sans appartenir pour autant au post-minimalisme « processuel » et maniériste. Tous continuent de produire des peintures abstraites qui, pour avoir perdu leur arrière-fond d’’utopie moderniste, n’’en alimentent pas moins le vaste réservoir d’’icônes laïques du vingtième siècle.
Ce modernisme serait plutôt là chez certains comme la marque du monde extérieur dans l’’imaginaire pictural. Si celui-ci est de plus en plus rond, comme le disait déjà Gertrude Stein, (c’’est à dire qu’’il a perdu de sa profondeur, qu’’il est en surface, plat) – ce fait cesserait d’’être un devenir objectif positif pour apparaître davantage comme une épreuve sensible. Le reflet, dans la peinture, du devenir géométrique du monde aurait changé de sens.
Parvenu à ce point de notre histoire et de l’’histoire de l’’art, en particulier, on peut aujourd’’hui, énoncer sur l’abstraction deux propositions contradictoires :
1. Sous le grand ciel des équivalences, elle est parfaitement la même chose que la figuration. Il est facile de remarquer que, pour être une figure du modernisme, elle n’’en demeure pas moins une figure, lors même qu’’elle s’’affiche monochrome, elle n’’en fait pas moins spectacle. Toutes deux se valent parfaitement eu égard à leur pouvoir de recouvrement – comme le démontre la profusion actuelle de la peinture qui, on l’’aura remarqué, n’’est pas morte.
2. L’’abstraction demeure le problème majeur rencontré par l’’art du 20e siècle. Elle a non seulement fourni à l’’imaginaire moderniste ses icônes, mais aussi c’’est elle qui a le mieux incarné la fonction décorative de la peinture moderne – (en dépit de ses dénégations). Aussi serait-ce une erreur de croire qu’’à la dernière vague expressionniste va désormais succéder une nouvelle vague abstraite. Il n’’y a pas de nouvelle abstraction – mais certainement un sentiment diffus et partagé (à travers des démarches radicalement différentes parfois) de l’’iconicité de l’’abstraction dans ce qu’’elle a de plus emblématique. »
(communiqué de presse de l’exposition)